Grasset

  • « Pour bien voir un tableau et y prendre plaisir, il faut parfois se rendre attentif à un détail. Il en va de même pour les textes philosophiques. Une phrase, un mot manquant, une fracture du sens, et l´intelligence s´arrête, intriguée. Alors commence un travail de dépliage, d´où naît un texte nouveau.
    Pour ceux qui aiment lire, un plaisir leur est alors promis : le plaisir de comprendre. Mais aujourd´hui, ce plaisir s´accompagne d´un devoir. Dans un univers que hantent les bouleversements de l´économie et les travestissements de la politique, ce qu´on ne comprend pas peut conduire à la servitude. On ne saurait s´y résigner, spécialement quand il s´agit de philosophes.
    Platon, Kafka, Marx, Nietzsche, Lévi-Strauss, Primo Levi et Benny Lévy, Lacan, Foucault, Lénine, tous m´ont convoqué, un jour ou l´autre, au devoir de comprendre. Pour mon plaisir, j´ai donné à mes dépliages la forme de l´enquête. Amateur de fictions policières, j´en ai retrouvé le style. Mais à la fin, il ne s´agit pas de nommer un coupable. Il s´agit plutôt d´empêcher, détail par détail, la perpétuation d´un préjugé. Par ce moyen, la peinture, la philosophie et la politique s´entrecroisent et concourent à la liberté de penser. »J.-C. M.

  • Il s'agit d'un ouvrage (auto)biographique et philosophique qui traite du mouvement des idées et de la société durant la période allant de 1965 à 1975. Pourquoi ce titre ? Parce que, selon l'auteur, la génération 65-75 a eu, à tort ou à raison, le sentiment qu'elle pouvait penser plus librement que les générations précédentes (trop encombrées de marxisme ou d'idéologies défuntes, de Vichy aux guerres coloniales).
    Jean-Claude Milner assume son appartenance à cette génération « arrogante » qui se crut, plus qu'une autre, capable de faire « du passé table rase ».
    Pourquoi les années 65-75 ? Parce que, en même temps, on y assista au début du déclin du marxisme et à la fin de l'après-guerre. La place était libre pour forger de nouveaux concepts. Cette période s'acheva, historiquement, avec la fin des « Trente Glorieuses » et la progressive disparition du gauchisme européen.
    Ce livre opère, par ailleurs, une distinction inhabituelle entre le gauchisme et « le mouvement » de Mai 68. Le gauchisme, en effet, désire une révolution tandis que les soixante-huitards ne désirent que le triomphe de l'esprit libertaire. Au centre de ce « désir de révolution » gauchiste, Milner place l'aventure de la Gauche Prolétarienne - dont il fut l'un des grands acteurs. De plus, ce livre se veut également « autobiographique », dans la mesure où son auteur y a expérimenté sa philosophie. Ce qui l'intéresse : « La rencontre du nom de Révolution par les porteurs du nom juif ». Y avait-il donc, pour les Juifs, un enjeu particulier dans cette redéfinition de l'idée révolutionnaire ? Milner le croit. En ce sens, on peut dire que "L'arrogance du présent" achève le tryptique qui compte déjà "Les penchants criminels de l'Europe démocratique" et "Le Juif de savoir".

  •    Au point de départ de ce livre, un article publié par Pascal Bacqué à l´heure où la question du « mariage pour tous » occupait la rue et les esprits. Jean-Claude Milner exprima son désaccord avec ce texte - et une longue

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