Littérature générale

  • L´oeuvre de J.K. Rowling raconte l´évolution d´un garçon qui devient peu à peu adulte ; en même temps, elle aborde des questions importantes concernant la société britannique moderne. Cela apparaît plus clairement dans les films que dans les romans, c´est pourquoi le livre se concentre sur les films.

    Le monde magique se présente d´abord comme un monde idéal, où l´on respecte à la fois les individus et la nature. Mais peu à peu, des failles apparaissent. Il se révèle que face à Voldemort, les sorciers sont vulnérables. Cela provient à la fois d´une fragilité morale et d´une insuffisance politique. Parce qu´ils sont imbus de leur supériorité, ils n´ont pas su mettre en place un système institutionnel digne de ce nom. En l´absence de limites morales et politiques, le monde magique devient littéralement bestial.

    Harry Potter comprendra les vraies raisons qui font que Poudlard et Dumbledore sont essentiels. Il ne s´agit pas d´une lutte entre le bien et le mal, mais du choix entre l´humanité et l´animalité. On doit tirer du monde magique des leçons pour la société réelle. Comment construire une société véritablement humaine ? Le maître-mot apparaîtra à la fin : il s´agit de la tolérance.

  • Dire que la linguistique est la science du langage est un truisme. Pourtant, tout ici est obscur et facteur de confusions, à commencer par la multiplicité des écoles de linguistique. Mais on peut et doit supposer que, par-delà les différences qui les séparent les unes des autres, il existe un programme général : construire une science du langage. Reste à exposer ce programme dans son détail et à mettre au jour les propositions qui le rendent légitime.
    La première tâche est de reprendre la question à son fondement : si l'on entend la science au sens strict que lui donnait Galilée, la linguistique peut-elle s'en réclamer et se distinguer ainsi des pratiques fort anciennes qu'on regroupe sous le nom de grammaire ? Quel type d'objet est désigné quand on parle de langage ?
    Sur la science, sur le langage, sur la linguistique, sur la grammaire, l'auteur s'est donc proposé de prendre au sérieux toutes les interrogations légitimes, et de montrer comment elles s'articulent.
    Ce livre est l'édition abrégée d'Introduction à une science du langage, paru en 1989 dans la collection "Des Travaux".

  • Toute fiction déploie, en la repliant, une théorie du représentable. Aux temps de la science positive, ce représentable, dont la somme intégrale est la réalité, articule, par une connexion constante, l'identité singulière d'une chose à la liste de ses propriétés. Là réside le principe de toute détection : assurer le retour de la chose absente, en parcourant le monde des propriétés disponibles. Mais il faut pour cela que le sujet ait secrètement incisé la connexion, construisant une chose vide, dont il ignore les propriétés, et des propriétés flottantes qui ne se rapportent plus à aucune chose certaine. De cette incision, incessamment ouverte et refermée, on dirait volontiers qu'elle constitue la fiction en elle-même.Dans l'univers de la science positive, toute fiction est alors détective, et, réciproquement, toute détection est fictive. Qu'on ajoute seulement l'axiome des lettres modernes : « N'importe quoi peut et doit donner l'occasion d'une fiction », et l'on obtiendra le théorème ironique : « N'importe quoi peut et doit donner l'occasion d'une détection ». Sinon que, par nonchalance, on s'en tient à ce qui fait énigme - conte à secret, fragment oublié de l'antique, grimoire carnavalesque. Mais, on le sait, l'énigme n'existe pas hors du geste qui la pointe, si ce geste lui-même est fictif.Jean-Claude Milner

  • Le projet de cet essai est fort simple : reprendre les principales figures de ce qu'on a appelé le "structuralisme" - Saussure, Benveniste, Barthes, Lacan, Jakobson, Althusser, Dumézil - et proposer une présentation synthétique du paradigme où leurs travaux s'inscrivent. Car il y a un paradigme. Il a une grande originalité qui n'a pas toujours été comprise, et dont on commence seulement à mesurer, rétrospectivement, l'importance. L'idée centrale : intégrer au domaine de la science galiléenne, originellement liée à la seule nature, des objets censés relever de la culture, sans pourtant qu'ils soient du même coup "naturalisés". De là le statut reconnu à la linguistique : dans sa version structurale, elle fut, à l'orée du XXe siècle, la première discipline à illustrer le paradigme et cela sur un objet qui, depuis toujours, distinguait l'homme au sein de la nature. Ainsi était remise en cause non seulement l'antique opposition phusis/thesis, mais aussi toutes ses variantes modernes (nature-convention, nature-histoire, nature-culture, etc.). Pour qu'une telle décision fût légitime, il fallait oser innover. La nouveauté, de proche en proche, affecta la notion de science galiléenne elle-même, puis la théorie de la connaissance empirique, pour toucher enfin, quoique avec retenue, à l'ontologie. En vérité, il n'est pas un point des pensées possibles qui n'ait été traversé. Avec élégance et prestesse, et sans cesser de produire des connaissances inédites.

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