Éditions de la Maison des sciences de l'homme

  • Par quelles opérations un édifice ou un objet se trouve-t-il intégré au corpus du patrimoine ? Quelles sont les étapes de la "chaîne patrimoniale", ...

  • Les Manouches, dont les roulottes et camions sillonnent le Massif central, ne parlent pas de leurs morts. Cette déférence muette procède d'un art plus général du non-dit et de l'absence qui soude la communauté tsigane et l'inscrit dans le monde des Gadjé, le nôtre. Les Manouches ne disent rien d'eux-mêmes. De leurs défunts ils taisent les noms, détruisent les biens et abandonnent les campements aux herbes folles : « L'avènement manouche se fait par la soustraction », souligne l'ethnologue dans ce texte exceptionnel. Seul un intime des « buissonniers », des chasseurs de hérisson, des rempailleurs de chaises et autres ferrailleurs nomades de nos campagnes pouvait procéder à l'ethnographie de ce retrait et de ce silence essentiels, à chaque instant refondateurs de l'identité du groupe dans sa distance aux non-Tsiganes. L'écriture « compréhensive » de Patrick Williams épouse, par son rythme, ses décalages et son inventivité, la complicité subtile du plus apparent et du plus caché, et nous restitue la cassure structurelle qui fait des Manouches ces gens du proche et du lointain, d'ici et d'ailleurs. Ni marginale, ni dominée, ni déviante, leur civilisation n'a cessé de se constituer au sein des sociétés occidentales comme circonstancielle et pure différence. En creux, en contrepoint, en silence. Ce livre plein de finesse, d'émotion et de questions cruciales posées à l'ethnologie nous révèle sous un jour entièrement nouveau l'un de ces « peuples de la solitude » chers à Rimbaud et à Chateaubriand. Alban Bensa

  • Rassemblés bien souvent sans l'avoir souhaité, les habitants des ensembles résidentiels urbains doivent partager des lieux intermédiaires entre l'espace privé du logement et l'espace public de la rue. Si ce partage se réduisait à des rencontres épisodiques, la cohabitation entre voisins serait sans histoires. Mais tel n'est pas le cas. Les parties communes ont pour vocation d'être partagées sans pour autant qu'un accord préalable sur la manière de s'y comporter ou sur leur utilisation ait été établi. Aussi sont-elles le lieu privilégié de confrontations entre différentes conceptions de la civilité, de la propreté, de la sociabilité, du savoir-vivre... C'est ici notamment que se déroulent les luttes destinées à faire prévaloir son identité ou à éviter de se voir imposer une image stigmatisée. Attentifs à ce qui se passe dans ces espaces entre-deux - à la fois lieux de passage et scène où se confrontent différentes cultures de l'habiter -, les ethnologues et sociologues réunis dans cet ouvrage analysent les mécanismes récurrents, les codes sociaux et les normes culturelles mis en oeuvre par les habitants pour produire des règles de vie communes possibles et les inscrire dans des contextes aussi divers qu'imbriqués : individuel et familial, collectif et social. Au-delà des variations et des différences qu'ils décrivent, les auteurs montrent comment l'établissement d'un ordre, souvent provisoire, résulte de confrontations et de négociations quotidiennes où se jouent les rapports à soi et aux autres - de quoi interpeller les concepteurs (architectes, urbanistes, aménageurs) ainsi que les gestionnaires de nos cadres bâtis (bailleurs, syndics, élus), surtout lorsqu'ils se lancent dans des politiques dites de « résidentialisation ».

  • Depuis une vingtaine d'années, le tatouage est devenu omniprésent dans les sociétés occidentales : il décore les peaux, défraie la chronique, préoccupe les chercheurs. Or les études de ces derniers font la part belle aux significations que les personnes tatouées attribuent à leur modification corporelle sans jamais se pencher sur le pendant professionnel de cet engouement, pourtant visible à travers l'efflorescence des studios de tatouage. Qui sont les tatoueurs ? Des artistes ? Des artisans ? Leur travail répond toujours à une double nécessité : satisfaire les désirs d'une clientèle désormais majoritairement profane tout en réalisant les « plus beaux » tatouages. Mais quels critères, notamment esthétiques, guident la réalisation et l'exécution d'une image encrée ? Comment les professionnels de l'encrage négocient-ils avec les hommes et les femmes qui viennent leur soumettre leur projet ? En examinant les processus de production des tatouages, cet ouvrage met au jour la manière dont s'apprend, se reproduit et se renouvelle cet univers visuel. Il dévoile les qualités dont doivent faire preuve les aspirants pour gagner leur place dans ce monde et y construire une réputation d'« artiste-tatoueur ».

  • L'ethnologie s'est, jusqu'à présent, très peu intéressée au monument dans la mesure où celui-ci témoignait d'une conception officielle de l'histoire. Érigé pour entretenir la mémoire, il énonce le passé en le peuplant des figures que l'autorité souhaite immortaliser.

  • Lettres, papiers administratifs, brouillons, listes... sont autant de formes de ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler des écritures ordinaires. Quel que soit notre milieu social et notre profession, notre quotidien n'y échappe pas. Spontanées ou réfléchies, imposées ou choisies, elles nous accompagnent dans les situations les plus diverses. Nous sommes tous des écrivants. Ateliers d'écriture, concours de nouvelles, associations pour l'autobiographie sont autant de signes que l'écriture se porte bien. Tout se passe comme si le besoin de témoigner de son existence, d'exprimer ses pensées, ses opinions, d'affirmer son individualité passait aujourd'hui de façon privilégiée par une mise en écriture, dans laquelle l'acte même d'écrire semble avoir autant sinon plus d'importance que la chose écrite. Écrire au quotidien, écrire le quotidien : c'est de cela que ces seize terrains d'écriture veulent rendre compte. Depuis la façon dont les Tsiganes entrelacent l'oral et l'écrit jusqu'au courrier présidentiel ; des difficultés aux bonheurs d'écrire ; du foisonnement des écritures domestiques à la circonspection apparente des lettres type ; du recours à l'écrivain public au journal intime, c'est un parcours ethnographique qui est ici proposé dans ce que la culture peut avoir, à la fois, de plus officiel et de plus intime.

  • Que faut-il conserver ? Quel est le sens d'un héritage ? Comment s'accomplit la transmission, et au nom de quoi ? C'est l'éclatement de l'idée de patrimoine. A la charnière entre l'individu, la famille et la collectivité, le patrimoine reste l'objet de représentations et d'intérêts les plus divers, et sa gestion met en jeu l'avenir des sociétés.

  • Issu d'un dialogue franco-italien de longue durée, cet ouvrage tente d'éclairer les relations complexes et changeantes entre le monument et les populations qui vivent autour de lui. Ces relations sont hétérogènes, contradictoires, changeantes, c'est-à-dire éminemment historiques. En cela, ...

  • Prenant pour cadre les villages du Lot, l'auteur a étudié avec finesse la mise en scène des fleurs plantées dans les jardins privés et les espaces publics. Elle en soulève ici les enjeux sociaux - mais aussi économiques, symboliques, affectifs, imaginaires -, et met en évidence que, quel que soit le contexte - « jardin paysan », « jardin fleuri » ou « jardin « au naturel » -, le fleurissement reflète des façons de s'inscrire dans un territoire et de dialoguer avec l'autre. En son jardin certes, mais pour mieux signifier aux passants ou aux voisins une manière, individuelle ou collective, de voir et d'organiser le monde. Comment, alors, interpréter l'évolution des modalités du fleurissement selon les époques ? En quoi ces changements rendent-ils compte de manières de penser et de sentir différentes ? Comment ces questions croisent-elles à leur tour l'histoire des concours de fleurissement, qui apparaissent comme des outils normatifs destinés à établir de l'ordre et à organiser du lien ? Quelles convergences ces concours encouragent-ils entre la mise en fleurs des espaces publics et celle des espaces privés ? Ce contexte permet-il de mieux saisir le succès actuel de certains thèmes comme la biodiversité ?... Répondant à ces questions, Martine Bergues offre ici une analyse aussi éclairante qu'alerte de notre société au miroir de son décor végétal.

  • À quoi rime l'engouement de nos contemporains pour les matchs et les clubs de football ? Que cherchent à mettre en forme les passionnés qui se regroupent, semaine après semaine, sur les gradins des stades ? Une longue enquête ethnologique, auprès des spectateurs ordinaires comme parmi les supporters les plus démonstratifs de trois métropoles singulières, éclaire d'un jour nouveau les significations de cette ferveur. Récits de vie et paroles quotidiennes des partisans, histoires de matchs - des préparatifs aux commentaires du lendemain -, composition et répartition du public dans le stade, fonctionnement des associations de supporters, chants, slogans, emblèmes utilisés pour encourager les siens et discréditer les autres... sont ici analysés au plus près pour cerner les ressorts et les modulations de cette effervescence. Saisi dans tous ses états et dans toutes ses résonances, le match de football apparaît comme le support d'une gamme extraordinairement variée d'identifications, comme un langage universel sur lequel chaque collectivité imprime sa marque propre et, plus encore, comme la mise en forme dramatique des valeurs cardinales qui façonnent le monde contemporain. Quant au stade, il s'offre comme un des rares espaces où une société urbaine, dans sa moitié masculine au moins, se donne en spectacle à elle-même et où s'expriment émotions et symboles proscrits dans le quotidien. Ces propriétés, jointes à l'exaltation du sentiment communautaire et aux pratiques ferventes des supporters les plus ardents, invitent à esquisser un parallèle entre le match de football et un rituel religieux. En quoi cette analogie nous aide-t-elle à mieux comprendre ce qui se joue sur le terrain et dans les gradins ?

  • Le bonheur est-il un phénomène unique ou l'enchaînement d'humeurs contrastées ? Un état de tranquillité et de sérénité ou le fait d'une vie vécue intensément ? Faut-il être averti de son bonheur pour le vivre ? Comment régler le dilemme entre affects et cognition ? Le bonheur est, pour le moins, ...

  • Du savon de Marseille emballé à l'ancienne aux vestes en tweed provenant de l'île Harris, en passant par les fromages au lait cru fabriqués dans une usine moderne, dix carrières d'objets nous entraînent ici au coeur des mécanismes subtils de l'innovation et de l'emprunt techniques. Ethnologues et sociologues nous montrent à travers ces exemples, ...

  • Peut-on exister collectivement sans une histoire à présenter et à transmettre ? Chaque commune française n'a-t-elle pas des édifices, des objets, des vestiges à exposer et, au moins, un passé à raconter ? Évident ou discret, troué de lacunes et d'oublis, tiraillé entre l'archive et la légende, le récit historique fonde, dans nos sociétés, ...

  • Les sourds-muets, aujourd'hui rebaptisés « sourds » - ce qui n'est pas sans entraîner quelques confusions - ont été entièrement délaissés par les sciences sociales, qui ont cru sur parole le discours médical de la déficience et de sa réparation à tout prix. Ce discours, qui semble relever de l'évidence tant la surdimutité est un objet de scandale pour la pensée ordinaire, est pourtant historiquement daté : au xixe siècle, les sourds-muets étaient reconnus comme une catégorie anthropologique, avant que la langue des signes ne soit interdite pendant cent ans à partir de 1880 dans les instituts d'enseignement. Les sourds sont porteurs d'une radicale étrangeté. Pour eux, être sourd réfère moins à un déficit d'audition qu'à l'affiliation à un groupe linguistique et culturel. Symétriquement, l'entendant est moins celui qui est pourvu d'audition que l'autre culturel : celui qui, ne connaissant pas la langue des sourds, se méprend sur ce qu'ils sont. Un profond sentiment de complétude, incompréhensible pour les tenants de l'idéologie de la déficience, se fonde sur l'existence d'une langue qui, pour emprunter un canal différent de celui de toutes les autres langues humaines, n'en présente pas moins les mêmes fonctions et les mêmes richesses. « Les sourds, c'est comme ça » : telle est l'expression qui conclut fréquemment les récits, et qui a pour fonction de souligner ce qu'il y a d'unique dans l'expérience sourde du monde. Fidèle à sa vocation, qui est de décrire les productions collectives d'un groupe humain, telles qu'elles sont vécues et pensées par lui, l'ethnologue donne à voir l'autre côté du miroir. Lui aussi montre, à sa manière, que « les sourds, c'est comme ça ». Bilan de sept années d'enquête, ce livre vient infirmer les représentations communes de la surdimutité comme malheur individuel. Il la montre telle qu'elle est : une singularité qui a trouvé sa voie propre pour accéder à la symbolisation.

  • Aux frontières politiques et administratives se superposent parfois, et s'ajoutent souvent, des limites culturelles, apparemment vagabondes, qui fragmentent l'espace. Techniques culturales, spécialités fromagères, costumes folkloriques, types architecturaux, systèmes familiaux, langues et dialectes, allégeances religieuses, etc., dessinent un paysage complexe d'usages dont les aires d'extension coïncident rarement. Façonnées par les grands et les petits mouvements de l'histoire, ces limites sont des sites privilégiés pour l'investigation ethnologique. Comment se sont-elles construites et déplacées à travers le temps ? A quoi rime leur extension ? Quelles caractéristiques révèlent-elles des sociétés qu'elles partagent ? Comment sont-elles perçues et vécues par ceux qui les côtoient ? À travers plusieurs études de cas (en France mais aussi en Italie, en Slovénie, en Irlande du Nord) et à différentes échelles (des grandes divisions culturelles au sein de l'espace national aux césures entre « pays » et entre quartiers urbains), ce livre examine les processus de fragmentation de l'espace qui peuvent se traduire par des coupures anodines, d'intenses contacts ou des fractures dramatiques. Aux sites frontaliers, qui ouvrent le champ des possibles échanges, s'opposent ainsi les sites frontières, traversés par une ligne de démarcation.

  • Bijoux fantaisie, exotiques ou « ethniques » contre bijoux précieux, classiques, « de famille », les bijoux hier déclinés à tous les temps se conjuguent aujourd'hui à tous les modes au mépris des frontières spatiales et temporelles.

  • « Des Tsiganes en Europe » et non « Les Tsiganes en Europe ». Parce que les Tsiganes sont divers, multiples, qu'ils bougent et qu'ils se transforment. Insaisissables, dit-on. Les textes proposés dans ce volume décrivent des aspects précis de leur vie, explorent des attitudes singulières, ...

  • Contrairement au mythe toujours vivace d´une paysannerie vendéenne passive et fidèle à un ancien régime catholique, féodal et monarchique, Bernadette Bucher nous plonge dans une histoire profonde jalonnée de ruptures, de rebellions populaires et renversements d´alliance à l´égard de l´Eglise, des seigneurs et du roi. L´importance du protestantisme sur la terre même des guerres de Vendée n´en est pas la moindre surprise. Pour l´auteur, la continuité entre cette Vendée mythique et la Vendée contemporaine résulte moins des idéologies politiques et religieuses que de la remarquable plasticité de la culture populaire bocaine dont l´ethnologue nous décrit les changements spectaculaires observés sur le terrain depuis quinze ans. Les particularités de l´économie domestique (coublage, salariés dits à mi-viage), l´étonnante vitalité des codes de conduite et des valeurs-charnières (vaillance, simplicité, économie), la richesse des rites de sociabilité (mariage, chasse à courre, caves des hommes) mettent en lumière une logique inattendue des transformations du monde rural. À l´heure où l´Europe cherche à se créer une identité supranationale, Descendants de Chouans nous invite ainsi à revoir le concept même de « communauté » à la lumière du modèle vendéen, et à redonner au quotidien le rôle qui leur revient dans les métamorphoses de l´Histoire.

  • En se situant toujours au plus près des gens, de leurs paroles et de leurs actions, ces seize textes précis et respectueux des variations régionales entendent rompre avec les considérations générales et globales qui escamotent le plus souvent le "grain" si particulier de la culture kanak. En retour, loin de tout exotisme et de tout passéisme, ...

  • Que signifie l'investissement actuel pour une campagne chargée de réassurer nos identités ? Étant de plus en plus nombreux à être citadins, ne s'agit-il donc là pour nous que d'une nostalgie ? Les ethnologues, géographes et sociologues dont les travaux sont rassemblés dans ce volume montrent la complexité du phénomène. S'il est vrai que la patrimonialisation de la campagne peut parfois prendre çà et là des accents passéistes, il ne s'agit que d'un effet trompeur. Dans ces reconquêtes, il ne s'agit pas seulement pour les ruraux de témoigner des valeurs qui les ont fait tenir ; il s'agit aussi, pour une société toute entière (anciens et nouveaux habitants), de se réapproprier un bien commun à partir de projets tournés vers l'avenir. Une multitude d'acteurs - associations, élus, techniciens, agriculteurs, entreprises agroalimentaires, professionnels du tourisme ou de la culture - débattent, à travers la « mise en patrimoine » d'un territoire, d'un foie gras, d'une race domestique, d'un champagne ou d'un savoir-faire..., d'autres types de rapport au monde (à l'espace, au temps, à l'habiter, au corps...) qu'il convient d'instituer. Et, patrimoine ne rimant ni avec « folklore » ni avec fermeture sur soi, ces articles démontrent que, pour y réussir, ce sont les avis de ces acteurs qu'il convient, avant tout, de prendre en compte. Cet ouvrage est issu d'un programme de recherche collectif financé par la mission du Patrimoine ethnologique du ministère de la Culture en 1994 et 1995 et intitulé « Nouveaux usages de la campagne et patrimoine ». Il est le résultat d'une animation scientifique qui, outre les responsables de la présente publication, a mobilisé sous l'autorité de la mission du Patrimoine ethnologique de nombreuses personnalités de la recherche et de la valorisation des territoires ruraux. Citons ceux qui nous ont accompagné dans la rédaction des textes de l'appel d'offres et dans les séminaires organisés aux Moussières et à Die : Noël Barbe, Jean Davallon, Françoise Dubost, Thierry Geffray, Philippe Goergen, Pierre-Antoine Landel, François Portet, Yvon Lamy, Bernadette Lizet, André Pitte. Qu'ils soient tous ici chaleureusement remerciés.

  • Parmi les sports de compétition, le rugby apparaît comme l´un des plus « virils ». Il doit pour une bonne part cette réputation au jeu lui-même - mêlées, plaquages et autres « percussions » plus ou moins violentes -, mais aussi au parfum de scandale qui entoure les « troisièmes mi-temps » d´après match. La rumeur véhicule à leur propos des légendes épiques et picaresques d´excès alimentaires, éthyliques ou sexuels qui semblent également faire partie du jeu. Le monde du rugby institue ainsi une sociabilité d´hommes qui passe par l´exclusion, volontiers emphatique, des femmes et tout particulièrement des épouses de joueurs, celles que l´on appelle parfois les « veuves du rugby ». Mais les femmes et les valeurs du féminin ne sont-elles pas beaucoup plus présentes qu´il n´y paraît de prime abord ? Grâce à une ethnographie approfondie, Anne Saouter démontre que, à côté du modèle dominant dans lequel les femmes ne peuvent être que des « mamans » ou des « putains », on voit se dessiner d´autres modes de présence du féminin, grâce notamment au personnage encore marginal de la joueuse de rugby. L´expansion du rugby féminin suffira-t-elle cependant à remettre en cause un édifice symbolique qui, du moins dans le rugby français, correspondait à une véritable initiation masculine ? Initiation qui imposait déjà des jeux ambigus avec la définition des sexes, dont témoigne le soupçon d´homosexualité (plus ou moins « refoulée ») qui pèse sur les joueurs.

  • Dans de très nombreuses sociétés à État, la civilisation commence avec la maîtrise de la fermentation, étape décisive, mais toujours incertaine, qui lui permet de s'extraire de l'état de nature tout en préservant des liens privilégiés avec celle-ci. Élément vivant utilisé dans un but festif ou alimentaire, source d'énergie disponible en toutes saisons, le produit fermenté - qu'il s'agisse de boissons alcoolisées ou de pains - entretient un rapport symbolique, voire analogique avec le sang. On le retrouve ainsi dans de très nombreux sacrifices, rites funéraires ou fêtes de fertilité. Produit à l'élaboration toujours aléatoire, il symbolise tout à la fois l'importance de la technique humaine et le respect dû aux dieux. La boisson fer-mentée est un cadeau divin, elle est parfois la divinité elle-même, et l'homme civilisé l'ingère selon certaines règles pour se nourrir, communier avec son dieu, et se réjouir avec ses semblables. Les détenteurs du pouvoir terrestre se sont toujours efforcés de la contrôler pour se légitimer mais aussi pour en maîtriser les abus, dommageables pour l'ensemble de la collectivité. C'est lorsque la boisson se désacralise qu'elle se désocialise et remet en jeu l'avenir du peuple. En collaborant à l'étude de ce Ferment divin, anthropologues et historiens nous font suivre de manière originale et passionnante le parcours de notre culture, depuis son origine indo-européenne - avec le soma et son substitut - jusqu'à la rencontre avec le Nouveau Monde où seront mis en évidence les effets destructurants de nos boissons distillées venues prendre la place des liqueurs fermentées traditionnelles.

  • Pourquoi en France a-t-on donné la priorité à l'étude de la parenté, et dans les pays de langue allemande à celle de la narration populaire ? Quels rapports entretiennent l'ethnologie française avec l'histoire et celle de langue allemande avec le politique ? De quelle manière étudie-t-on, ici et là, les faits symboliques et religieux, et qu'entend-on par symbolismes populaires ? Quels objets de recherche, quels problèmes sollicitent aujourd'hui les ethnologues ? Ce sont là quelqu'unes des interrogations auxquelles on a cherché à répondre dans ce face à face. Les quatorze essais présentés ici dégagent en miroir l'originalité, et les divergences, de ces deux écoles majeures de l'ethnologie de l'Europe. Les auteurs passent en revue les objets d'étude, les méthodes, les principales orientations théoriques, l'histoire mais aussi l'avenir de cette discipline désignée, selon le lieu et le moment, par les termes d'etimologie, Volkskunde, folklore ou arts et traditions populaires. Mais, par delà le tableau des originalités et différences dans l'ethnologie de ces deux aires linguistiques, cet ouvrage ouvre une brèche dans le mur d'ignorance réciproque qui sépare les ethnologues de l'une et l'autre langue : tâche primordiale si l'on veut comprendre le champ des civilisations européennes.

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