Langue française

  • On recommence de s'interroger sur la révolution. Le vocable vient du passé, mais il est temps de le ressaisir à la lumière du présent. Impossible de ne pas commencer par la Révolution française. Impossible de ne pas continuer par la révolution soviétique et la révolution chinoise. Sauf qu'il faut bien réveiller les somnambules?: si elles sont des révolutions, alors la Révolution française n'en est pas une. Si la Révolution française est une révolution, alors elles n'en sont pas. Car les droits de l'homme existent?; ce sont les droits du corps parlant. La Terreur aussi a eu lieu. Pour opposées que soient ces deux mémoires, chacune permet d'interpréter l'autre. La Révolution française se situe à leur intersection. De ce fait, elle a approché le réel de la politique. À quoi les autres ont substitué la grise réalité de la prise de pouvoir. Ce que nous voyons du xxie?siècle permet de redéfinir les droits du corps?; la révolution, relue, permet de comprendre ce qu'il nous est permis d'espérer.

  • Le couple problème/solution a déterminé l'histoire du nom juif en Europe. Le nazisme n'a fait qu'en disposer la forme ultime. L'Europe ne peut pas feindre l'ignorance. D'autant moins que son unification, tant admirée, est la conséquence directe de l'opération hitlérienne.
    Car il faut conclure. Dans l'espace que dominait Hitler, c'est-à-dire sur la quasi-totalité de l'Europe continentale, l'extermination des juifs a été accomplie. Ce que les experts politiques, depuis 1815, tenaient pour un problème difficile à résoudre avait, du même coup, disparu ? en fumée. Les choses sérieuses pouvaient commencer.
    Aujourd'hui, le chemin est parcouru. L'Europe est présente au monde, au point de s'y arroger des missions. Une entre autres?: faire régner la paix entre les hommes de bonne volonté. De ces derniers, cependant, les juifs ne font pas partie. C'est qu'ils portent en eux la marque ineffaçable de la guerre. L'Europe, héroïne de la paix en tous lieux, ne peut que se défier d'eux, où qu'ils soient. Elle ne peut qu'être profondément anti-juive.
    Les porteurs du nom juif devraient s'interroger. Depuis l'ère des Lumières, ils s'étaient pensés en fonction de l'Europe.
    La persistance du nom juif au travers de l'histoire, la continuité des haines qu'il soulevait, tout cela devait trouver une explication dont les termes soient acceptables par l'Europe. Si celle-ci a basculé dans un antijudaïsme de structure, alors tout doit être repris depuis le début. Comment le nom juif a-t-il persisté?? Par un support à la fois matériel et littéral dont l'Europe ne veut rien savoir?: la continuité de l'étude. Comment l'étude a-t-elle continué?? Par une voie dont l'Europe moderne ne veut rien savoir?: la décision des parents que leur enfant aille vers l'étude. Pourquoi la haine?? Parce qu'en dernière instance, le nom juif, dans ses continuités, rassemble les quatre termes que l'humanité de l'avenir souhaite vider de tout sens?: homme/femme/parents/enfant.

  • Après le succès qu'ont rencontré les Considérations sur la France, le philosophe politique s'empare à la veille des élections européennes du passé, du présent et de l'avenir du Vieux Continent. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?
    Attaquée par les populismes, critiquée par ses membres, décrédibilisée aux yeux des citoyens, l'Europe, à la veille d'élections cruciales, traverse une crise grave. Dans un entretien passionnant, Jean-Claude Milner interroge les conditions de la survie de l'Union.
    Mythe de la fin de l'histoire, ennui de la paix, critique du néolibéralisme, le philosophe aborde aussi la justice sociale, dont il dénonce l'abandon au profit de l'enrichissement. La culture européenne, puisqu'elle existe, n'est pas à créer mais à retrouver.
    Dans ces entretiens éblouissants d'intelligence, de vivacité et de vérité, Jean-Claude Milner ne cède à aucun dogmatisme, pense le présent en mettant en perspective le passé et fait montre d'une pondération critique rare.
    De la vertu des Pères fondateurs à l'incurie de Bruxelles, c'est l'idéal européen qu'il s'agit de sauver.

  • Dans Clartés de tout, Fabian Fajnwaks et Juan Pablo Lucchelli, deux psychanalystes, interrogent Jean-Claude Milner sur son parcours et sur la place que Jacques Lacan y a tenue.
    En répondant à leurs questions, Jean-Claude Milner a été amené à réexaminer ses propres positions sur la linguistique et sur la science moderne, sur sa théorie des noms et en particulier du nom juif, sur la transformation des relations entre capitalisme et bourgeoisie, sur la Révolution et sur la politique.
    Il est apparu que le nom de Lacan était mentionné à chaque étape. Jean-Claude Milner a eu ainsi l'occasion de mieux préciser sa dette: Lacan, selon lui, doit fonctionner comme un opérateur de clarté, non d'obscurité.
    Le projet de livre surgit en cours de route. Pour qu'il soit mené à bien, les questions et les réponses devaient être ajustées et ajointées. Clartés de tout est le résultat de ce travail.

  • L´oeuvre de J.K. Rowling raconte l´évolution d´un garçon qui devient peu à peu adulte ; en même temps, elle aborde des questions importantes concernant la société britannique moderne. Cela apparaît plus clairement dans les films que dans les romans, c´est pourquoi le livre se concentre sur les films.

    Le monde magique se présente d´abord comme un monde idéal, où l´on respecte à la fois les individus et la nature. Mais peu à peu, des failles apparaissent. Il se révèle que face à Voldemort, les sorciers sont vulnérables. Cela provient à la fois d´une fragilité morale et d´une insuffisance politique. Parce qu´ils sont imbus de leur supériorité, ils n´ont pas su mettre en place un système institutionnel digne de ce nom. En l´absence de limites morales et politiques, le monde magique devient littéralement bestial.

    Harry Potter comprendra les vraies raisons qui font que Poudlard et Dumbledore sont essentiels. Il ne s´agit pas d´une lutte entre le bien et le mal, mais du choix entre l´humanité et l´animalité. On doit tirer du monde magique des leçons pour la société réelle. Comment construire une société véritablement humaine ? Le maître-mot apparaîtra à la fin : il s´agit de la tolérance.

  • Pourquoi assistons-nous, impuissants, au délitement de notre démocratie ? Quels sont les liens qu'entretiennent les catholiques avec les droits de l'homme ? Pourquoi la défaite de 1940 est-elle à l'origine des crises que nous vivons aujourd'hui ? Jusqu'à quel point l'école reconduitelle les inégalités sociales ? C'est à ces questions et à bien d'autres, que Jean-Claude Milner a voulu répondre dans ce livre d'entretien. Des origines de la séparation des pouvoirs telles que conceptualisées par Montesquieu, au rôle des notables et de la petite bourgeoisie intellectuelle dans le jeu politique, de la guerre d'Algérie aux raisons qui en font, aujourd'hui encore, une ligne de fracture idéologique, du regroupement familial au port du voile dans l'espace public, sans oublier notre rapport ambivalent à l'État-Nation et à l'Europe... C'est en revisitant les traces du passé, que Jean-Claude Milner éclaire le présent. Après Relire la Révolution Jean-Claude Milner poursuit, avec cet échange vif mais nuancé, sa relecture de l'état de l'histoire de France.

  • Reprise des interventions faites lors d'une soirée philosophique organisée au Théâtre national de Chaillot, à propos du livre d'Alain Badiou L'Etre et l'événement.

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